
Ce samedi d'un long WE de mai, fut une drôle de journée.
L’après-midi, sous le préau d’une Eglise, je suis tombé par hasard sur la répétition publique d’une chorale.
On pouvait s’assoir au milieu des choristes pour écouter. C’était magique d’assister ainsi, à la répétition du requiem de Brahms.
Le soir, j’étais invité à l’anniversaire d’un des « petits commerçants » du quartier.
Cela se passait dans un lieu improbable, dont je ne me souviens plus le nom.
Nous partîmes dans un convoi de Mercedes et à l’arrivée il y avait d’autres Mercedes, BMW, Audi… Crise disiez-vous… ?
Rien de particulier à dire sur cette soirée, médiocre il faut bien l’avouer.
La sœur de la patronne des lieux, avait un fessier dansant et m’a chanté « besoin de rien, envie de toi ».
Nous avons fumé une cigarette dehors, assis sur les marches, sa cuisse contre la mienne. En souriant, nous avons trinqué avec nos cigarettes. C’était drôle mais sans avenir…
La soirée s’est prolongée dans un lieu nommé « La Bohème ». Avec un nom pareil, je craignais le pire. Mais non. Nous avons descendu une bouteille de gin et fait la fermeture.
J’ai fini la nuit avec le boulanger dans sa boulangerie à manger des sandwichs au thon mayonnaise et boire de la bière.
Nous étions aussi ivres l’un que l’autre, je crois bien.
J’étais assis par terre, devant le four éteint, à raconter des bêtises d’ivrogne et j’avais cette musique
«Something Stupid» qui me trottait dans la tête.
Et alors tout d’un coup, je me suis souvenu d’un long week-end de mai. Il y a trente ans.
Elle ne me plaisait pas vraiment. Jamais je n’avais éprouvé du désir pour elle. Mais, j’ai dit oui. C’était une époque, sollicité, je disais facilement oui…
On avait en commun, l’âge, des combats politiques, des lectures, des camarades, un ami, son ex, qui venait de la quitter.
Mon amour du moment était à Rome. Une virée entre copines ou avec un Autre, je ne sais plus. C’est des choses qui pouvaient arriver dans ce temps là…
Lisa, m’a proposé d’aller passer le WE dans sa maison familiale, près de Royan. Alors, j’ai dit oui. Lisa était étudiante, en sociologie je crois bien, et moi j’étais un improbable révolutionnaire « professionnel »….
Nous sommes partis de nuit, par des routes d’avant les autoroutes. Lisa conduisait, les fenêtres ouvertes sur l’été qui s’annonçait. Musique à fond et les arbres défilant, presque en cadence…
C’était une maison solitaire, retirée, Dans un bois il me semble…
Elle sentait la maison familiale ou peut-être tout simplement le renfermé d’une maison utilisée uniquement aux vacances.
Nous avons fait ce que l’on fait dans ce cas-là, près de Royan. Nous avons mangé des huitres et bu du vin blanc, au bord de la mer.
La table du restaurant, était près d’une fenêtres immense, donnant sur la plage à marée descendante.
Seuls des fragments de mémoire me reviennent.
Nous deux dans un lit immense, un de ces lits des familles d’autres temps.
Je me souviens de ses cheveux frisés étalés sur l’oreiller.
Je me souviens de son corps. Un corps massif et dur, un corps de paysanne dure à la tâche.
Un corps de combattante.
Nous avons fait l’amour.
Nous avons aussi parlé de tout, de la vie que nous voulions changer, des livres que nous lisions, de nos amours respectifs…
Dans mon souvenir ce sont des heures de calme, pleines de rires et de tendresse.
Mais, les jours du long WE ont pris fin. Nous sommes revenus à la ville et repris le cours de nos vies…
L’amour est rentré de Rome. Elle avait beaucoup de choses à raconter. Un corps magnifique et des milliers de caresses en retard…
Quelques semaines plus tard, Lisa est décédée d’une leucémie. Je ne savais pas, elle n’avait rien dit… Pris, par les amours et le tourbillon de la vie, J’ai oublié le WE de Royan ; Oublié Lisa.
Puis tout à coup, alors que le jour se levait, ce samedi d'un long WE de mai, je me suis souvenu de son parfum.
Je me suis souvenu de l’odeur de son corps.
Je me suis souvenu d’un autre long week-end de mai.
Les jours de Lisa.
Il y a longtemps…